Un retour aux sources conjugué au présent

Publié le par Laura Z

Longtemps traqué par les fondamentalistes Iraniens à cause de son livre « Les Versets Sataniques »,  Salman Rushdie signe encore une fois depuis son refuge Londonien, par le roman « Shalimar le clown », la preuve de son immense talent littéraire

 Salman Rushdie signe avec Shalimar le Clown, roman publié en 2005, une belle fresque, à la hauteur de ce qui a fait son talent et sa renommée et dans la lignée des enfants de minuits  qui avait immédiatement séduit. Après le décevant Furie, Rushdie nous rappelle avec ce roman pourquoi il est sûrement l’un des écrivains les plus célèbres du monde. Et dire que certains considèrent qu’il est inspiré par le diable et l’ont menacé de mort par le biais d’une fatwa, si son style n’est pas humain, c’est plutôt du côté du divin qu’il penche.

             Shalimar n’est autre que le jeune adolescent, funambule et plein de vie, amoureux d’une belle jeune femme, Boonyi qui vit dans les terres tourmentées du Cachemire. A l’époque, le jeune homme s’appelait Noman, mais ses désillusions d’enfant, le conflit qui fait rage et déchire les cachemiris, vont faire de lui un autre homme, un fanatique, un meurtrier qui apprend à manier les armes mieux que son bâton d’équilibriste. Il s’impliquera de tout son être dans ce conflit insoluble, puisque l’amour n’est plus sa raison d’être et que la vengeance est devenue sa seule maîtresse.

            L’histoire s’ouvre sur le meurtre de l’ambassadeur américain Max Ophuls, par son chauffeur qui n’est autre que Shalimar, sous les yeux de sa fille India, fille illégitime de l’ambassadeur avec une jeune indienne. India partira alors en quête de son passé, de ses racines, du destin atypique de son père, entre, la France occupée, l’Inde et les Etats-Unis. Rushdie nous emmène alors sur ses terres natales qui lui sont si chères, et c’est alors qu’il devient un conteur prodigieux pour dépeindre ce que l’Inde a de magique et de mystérieux. On y apprendra que la mère de India n’était autre que la promise de Noman-Shalimar qui a donné son corps et son cœur a l’ambassadeur dans un échange vénal malgré les menaces de son prétendant. Mais elle trouve cela tellement romantique et a besoin de donner un tournant définitif à sa vie. Elle n’y laissera pas seulement son corps mais aussi son âme car cette trahison lui vaudra l’opprobre de tout son village, une longue errance tel un spectre banni et finalement la mort.

             Certains personnages, et notamment l’ambassadeur Max Ophuls, sont certes un peu conventionnels, mais l’écriture est exceptionnelle, pure et limpide, avec un soupçon de poésie. Rushdie excelle dans l’art de conter des histoires, des histoires qui poussent à la réflexion et qui ont définitivement quelque chose de moderne, toujours en prise avec notre époque. Ce roman n’est peut-être pas son meilleur mais il restera dans son palmarès. Il nous emmène dans un univers qui nous absorbe totalement et dont on ne sort pas indemne.

 Le talent de Rushdie exprimé par ses livres démontre que cet homme détient une vision de monde assez personnelle, qui ne cherche pas à choquer mais qui cherche à faire penser, rêver et profiter de l’art des mots.

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Publié dans Littérature

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