Twilight- Stephenie Meyer

Publié le par Laura Z

Twilight ne désaltère pas !

 

Au commencement, il y a le mythe. Celui du vampire glacial, assoiffé de sang, fuyant le soleil, vampire éternel, immortel, fascinant et terrifiant, reclus dans un monde morbide et sans vie. Dans Twilight, nous sommes dans un monde froid, démuni et minimaliste. Un village des États-Unis d’aujourd’hui, Forks, peu attractif pour Bella, une jeune lycéenne venue de l’Arizona. Puis surgit Edward Cullen, vampire des temps modernes, assez bien intégré dans ce monde tout à fait réaliste et qui « vampirise » la vie de Bella autant que son esprit. Reste que l’on est un peu perdu dans cet univers ni totalement réaliste, ni vraiment fantastique.

L’histoire d’amour exacerbé, inévitablement platonique entre Edward et Bella ne nous transporte pas. Et il faut avouer qu’autour de l’histoire d’amour idyllique et sans faille, il n’y a pas grand-chose. Stephenie Meyer n’a pas réussi à mon sens à créer un monde qui nous happe. Il y a bien ces vampires sanguinaires qui surgissent -soudainement d’ailleurs, par contraste avec les Cullen, famille modèle –s’il en est- de vampires repentis et bizarrement humanistes. La tension dans l’adaptation cinématographique est un peu mieux gérée, et mise en valeur puisque pour Bella, le doute y persiste autour d’Edward, vampire aussi terrifiant qu’il est un jeune homme irrésistible. Dans son roman, Stephenie Meyer se focalise sur une passion basée sur un antagonisme intéressant mais à mon avis mal exploité. Edward est épris de Bella car il désire son sang. Il est alléché par son parfum, et tout entier possédé par ce qu’elle dégage. Mais il l’aime tant que finalement, il s’interdit de goûter à ce qui pourrait être pour lui un précieux breuvage. Et la tension qui devrait en résulter, les doutes qui devraient le ronger, l’envie d’une morsure qui devrait lui brûler les lèvres s’évanouissent très vite.

Ainsi, Edward aime Bella et Bella aime Edward. Et ils vivent leur histoire ignorant les rumeurs et les avertissements que leur idylle fait naître. Alors l’histoire devient incroyablement lisse même si l’amour est sublimé à l’extrême. Les contraintes et les contradictions de cette histoire impensable sont survolées. L’auteur ne parvient pas à nous traîner dans une réflexion plus profonde, fut-elle peu originale. Il pourrait y avoir davantage de considérations et une analyse plus subtile et moins tranchée sur le désir qui consume, sur le tiraillement entre la passion et la raison inconciliables et pourtant indissociables, sur le sens d’une vie éphémère et celui d’une vie éternelle par exemple.

Bella est fascinée par le « pire », séduite par le morbide, qui l’attire autant qu’il l’effraie. Edward lui est consumé par le désir de boire le sang de cette femme. Mais il a déjà choisi de ne pas accomplir un acte qui assouvirait définitivement son désir en même temps qu’il anéantirait l’objet même de son désir. Pourtant, la douleur et le désarroi qu’ils peuvent ressentir sont très peu dépeints. Bella est trop ingénue ou trop lisse pour être en proie aux doutes ou soulever les réelles questions qui pourraient découler de sa « vampirisation ».  Elle veut être « transformée » pour être comme Edward. Elle est prête à donner son âme pour devenir comme celui qu’elle aime. Elle est dénuée de raison et elle n’a aucune raison d’être raisonnable tant la vacuité de son univers est flagrante. Edward quant à lui est si parfait qu’il rationnalise impeccablement sa passion. Ainsi disparaissent en un souffle les affres d’une passion qui par essence devrait être destructrice et laisser ces deux êtres…exsangues. Ces deux amants ne sont pas tourmentés. Ce sont seulement deux amants. Ils ne sont de Roméo et Juliette que de pâles ersatz.

Les rebondissements frisent le ridicule tant ils sont mal annoncés, ils arrivent tardivement. L’attaque et la traque du mauvais vampire assoiffé du sang de Bella surviennent de nulle part et se terminent aussi vite et de façon aussi insipide qu’elles sont intervenues. Il reste difficile de dire si Twilight (Fascination) est un roman à l’eau de rose ou un roman à suspens, une bluette d’adolescente ou une fable fantastique. Je crois que l’on penche plutôt vers les premiers même si les seconds eurent été bien plus exaltants. Il y avait matière à créer une saga palpitante et philosophico-fantastique. Le mythe du vampire est par essence séduisant et une adaptation moderne est toujours possible. Dommage, Twilight ne désaltère pas et nous laisse sur un sentiment d’insatisfaction et d’inachevé. Qu’importe, c’est un best seller. Beaucoup ont semble t-il été repus.

 

On imagine aisément que Bella finira par devenir un vampire. C’est la seule interrogation qui subsiste. Reste à savoir dans quelles circonstances et par qui ? Mais pour ma part, je ne crois pas que je lirai les autres tomes, je me contenterai de boire un jus d’oranges sanguines, qui pourrait me faire vibrer plus encore !

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Publié dans Littérature

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