Lever le voile sur nos valeurs ou la France est-elle schizophrène ?

Publié le par Laura Z

  

  Vaste débat qui fait rage ces jours dans l'actualité, celui de l'intégrisme islamisme en France.


                    Le débat semble assez monolithique, alors qu'en fait il est double, voir triple. Il y a la question de la déchéance de la nationalité française et celle du port de la Burqa (plus celle de la fraude aux allocations familiales...) Il faut bien faire la part des choses, gardons-nous des amalgames trop faciles. Pour ma part, je ne reviendrai pas sur la déchéance de la nationalité car il semble que la personne que l'on désigne ne rentre en aucun cas dans les critères de retrait de la nationalité. La seule chose à souligner à mon avis, c'est comment un ministre peut-il tenir de tels propos, prétendre prendre une telle mesure alors que le droit ne l'y autorise nullement ? C'est bien dommage que nos hommes politiques tiennent ces discours là lorsqu'ils se veulent défenseurs de l'état français ou de ses valeurs. Bref, ce genre d'effet d'annonce ne nous surprend plus chez un membre du gouvernement Sarkozy.


 

                   Plus profond est à mon sens le débat sur le port de la Burqa. La question mérite une vraie réflexion car contrairement à ce que certains avancent, il me semble que c'est plus qu'une simple question vestimentaire ou un choix que « ces » femmes auraient fait. Il y a derrière tout cela une idéologie. Pas seulement l'Islam, qui n'a rien de préjudiciable en soi mais l'intégrisme religieux, et une certaine vision de la femme.


 

                    En préambule, il faudrait peut-être que le peuple français s'interroge sur les valeurs qui sont les siennes, celles sur lesquelles notre histoire s'est construite, celle que nos prédécesseurs ont défendues, non sans mal, et non sans quelques épisodes dramatiques, où on les a perdues de vue. Alors le débat sur l'identité nationale étant un flop comment redéfinir ces valeurs ? Elles ne sont pourtant pas si loin à mon avis. La lutte contre l'oppression et contre toute forme d'extrémisme et de fascisme est l'une des plus flagrantes. Les français ont guillotiné leur roi, ont mis en place une école laïque, gratuite et obligatoire (loi Ferry), ont lutté pendant les années noires contre le fascisme, les françaises ont lutté pour la libération des mœurs, pour l'égalité. Pas tous non bien sur, d'autres défendaient les thèses inverses, mais au final c'est bien celles là qui ont vaincu, et surtout, ce sont celles là que notre mémoire collective veut retenir. Parce que la France se veut défenderesse des droits de l'homme et de la liberté. De la diversité aussi. On peut donc ajouter ici une autre valeur celle de la tolérance. Elle est loin d'être acquise et se perd de plus en plus mais elle doit rester une valeur communément acceptée ne serait ce que pour préserver la paix sociale dans une société aussi diverse que la notre. Sans quoi le risque est grand de la perdre pour de bon.


 

                      Cela ne signifie pas qu'il faut être toujours consensuel, parfois laxiste et jamais pugnace. Il y a des choses que l'on ne peut accepter si l'on veut rester une nation partageant un certain nombre de ces valeurs.


 

                       L'une des valeurs les plus emblématiques de la France est la laïcité. Et je pense que peu de pays dans le monde ont cette acceptation de la laïcité. Mais là encore les avis divergent. N'est ce pas simplement le fait d'une part de garder le religieux dans la sphère privée, sans qu'il soit mêlé au politique ni étalé sur la voie publique, et d'autre part, accepter toutes les croyances à partir du moment où elles restent de l'ordre du privé, sans visée prosélyte ? Je retiens cette définition pour ma part et à partir de là, le port de la Burqa, ou de tout signe aussi ostentatoire que celui là est à proscrire. Ce n'est pas parce que nous redoutons la dictature, le fascisme ou le racisme que nous devons tout accepter. D'ailleurs, refuser une idéologie ou la version radicale d'une religion ne signifie pas nécessairement que nous rejetons cette religion ou ceux qui la pratiquent. Nous rejetons ceux qui, au nom de quelques principes occultes, tendent à dénier à la femme son intégrité et sa liberté de penser et d'agir, fondent dans le dogmatisme où des pratiques « de droit divin » sont intégrées et appliquées sans recul, sans réflexion, sans s'adapter ni à l'ère actuelle, ni à la société dans laquelle ils évoluent.


 

                        Nous voyons parfois des français dit « de souche » c'est à dire ceux qui ont été éduqués dans le système scolaire français, tomber dans ce type d'idéologie obscurantiste (et à mon avis en grande partie liberticide pour celles qui subissent le port de la Burqa) ou -dans un autre domaine- tomber dans un rejet général et viscéral du « système » faisant fi de toute règle et ne respectant plus ni les institutions ni les individus, comme on peut l'observer dans la « crise des banlieues » où certains vont jusqu'à dégrader leur cadre de vie, leurs bus, leurs écoles. Le point commun entre ces deux attitudes est la volonté de provoquer et de se mettre en porte à faux avec la société. Si la société peut produire ces comportements, c'est sans doute parce que nos institutions ont échoué à enseigner ces valeurs, ces aspirations à la tolérance et à la liberté, ce doute cartésien si cher à la période des Lumières...


 

                       Revenons sur le scepticisme, le « doute cartésien » qui est sans doute aussi l'une des valeurs ou en tout cas des caractéristiques de notre pays. Douter et questionner avant de croire, est une preuve d'intelligence et démontre une capacité de distanciation mais à force de douter de tout et tout le temps, parfois juste par esprit de contradiction, on finit par ne plus croire en rien. Et je ne pense pas que le nihilisme puisse être une valeur porteuse. Alors il y a parfois des valeurs autour desquelles il vaut la peine de se fédérer. Ce n'est ni un aveu de faiblesse ni un signe d'endoctrinement, il s'agit juste de savoir qui l'on est. Et la question ne se pose pas en terme dialectique, être « fasciste et intolérant » ou être « laxiste et pusillanime ». Ou alors c'est que la France est schizophrène puisqu'elle semble actuellement n'osciller qu'entre ces deux tendances. Les religieux fondamentalistes, quelle que soit leur religion, ont le droit d'avoir ces croyances, ont le droit de les pratiquer et notre devoir et notre conscience doit nous dire de les respecter. Seulement la France n'est pas le lieu pour ce type d'idéologie car elles heurtent nos valeurs et ce pour quoi une partie de nos prédécesseurs ce sont battus. On peut combattre des idées sans tomber dans le déni de l'autre ou le dénigrement, sans propos haineux ou raciste, sans se montrer injurieux.


 

                       D'ailleurs, la France manque de penseurs capables de produire des idées, des vraies idées (pas seulement des effets d'annonce ou des provocations polémiques) susceptibles d'être le fondement du vivre ensemble où chacun pourrait se reconnaître et avoir le sentiment d'exister, une sorte de ciment à l'image du contrat social de Rousseau, qui pourrait nous fédérer autour de valeurs communes mais non immuables, un cadre communément accepté au sein duquel différents courants pourraient évoluer et surtout où un débat dépassionné et dénué de tout propos injurieux pourrait avoir lieu. Car une loi interdisant la Burqa pourrait traiter les symptômes mais traiter les causes est un travail bien plus long et bien plus difficile qui impliquerait des réformes profondes du modèle social (et donc une réflexion autour de cela).


 

                      Si nous définissons nos valeurs, en tant que peuple ayant une histoire, une conscience nationale, une mémoire collective, ce n'est pas parce qu'elles sont les meilleures -au détriment de tout autre- c'est parce qu'elles sont les nôtres tout simplement, parce qu'elles nous définissent. Et nous devons nous battre pour les préserver et pour les enseigner. Ce serait cela la tolérance. Une utopie sans doute... mais si c'est un combat, nous devons le mener, avec des idées et des arguments, avant que cela ne devienne un vrai combat à couteaux tirés.

Publicité

Publié dans L'actu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
<br /> <br /> Laura, cet article me rappelle notre dernier débat à Aix...<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Le débat est toujours ouvert...question complexe, n'est-elle pas ??<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> <br /> oui bravo Laura, quelle maitrise, quelle intelligence, je suis fière de toi<br /> <br /> <br /> et d' accord avec Christelle, on devrait publier ce texte...<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
C
<br /> <br /> Bravo. Vraiment. Ce texte devrait être publié.. sur les murs de tout le pays. Merci Laura<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre