Nous assistons depuis quelques jours à une mascarade étonnante, l'expulsion en nombre de Roms par la France. Mesure qui étrangement surgit aujourd'hui dans les médias alors qu'elle se pratique depuis quelques années déjà....mais passons.
Les Roms partent, bénéficiant d'une aide au retour « volontaire » moyennant la somme de 300€ par adulte. Argent versé par l'état français à des personnes qui n'ont rien, ni en France, ni ailleurs, si ce n'est un passeport européen qui leur permettra de re-franchir la frontière dès qu'ils le souhaiteront...Étonnante mesure donc dont l'efficacité reste à démontrer. Bal de dupes en tout cas où la France est montrée du doigt.
Il ne faut pas pourtant que cela devienne une question franco-française. C'est un problème européen qui concerne notamment la Roumanie et la Bulgarie et par la force des choses, l'Union Européenne dans son ensemble. Il me semble d'ailleurs que c'est une question que les états européens auraient pu se poser préalablement à l'entrée de la Bulgarie et la Roumanie dans l'UE. Prochainement, ces deux états auront fini leur période transitoire et leurs ressortissants, Roms y compris- pourront circuler et résider librement dans tout autre état de l'UE. La France n'aura donc plus les moyens juridiques de reconduire ces personnes à la frontière.
Alors en effet, il est temps de se demander « Que fait-on maintenant ? ». Et je crois que c'est une véritable question qui dépasse les contingences politiques et qui implique une prise de position claire: que voulons-nous être ? Quels principes allons nous défendre: que nous ne « pouvons pas accueillir toute la misère du monde » ou que nous sommes le pays « des droits de l'homme » ?
Lier la question des Roms à celle de la délinquance (comme c'est souvent le cas...) est un amalgame douteux et il faut se garder je crois d'avancer sur ce terrain là. Car c'est bien ce qui légitime politiquement et au sein de la population ces reconduites à la frontière et les chiffres seront toujours là pour corroborer cette vision. Mais la question de la délinquance est une problématique sociale, et non pas raciale. Les gens qui vivent un défaut d'insertion, de quelque nature qu'il soit, sont menés à la délinquance ou à la criminalité ou ont en tout cas plus de risques de tomber dedans. Mettre dehors tous ceux qui commettent des délits ne résoudra pas ce problème. Quand bien même il n'y aurait plus d'étrangers en France, il y aurait toujours des inégalités, il y aura toujours des exclus, il y aura toujours des gens mauvais ou dénués de principes.
Encore une fois, il est nécessaire de définir le socle de valeurs sur lequel le peuple français s'est construit et se reconnaît aujourd'hui (est-ce le même ?) et particulièrement après des vagues successives d'immigration (souhaitées ou subies).
Vivre ensemble avec nos différences est un défi difficile à relever peut-être même impossible. Doit-on pour autant céder à la solution du rejet -et tôt ou tard de la xénophobie car c'est bien quand-même l'élément sous-jacent- qui conduit à expulser ceux qui par leurs comportements réellement déviants ou jugés comme tels ne correspondent pas à nos valeurs ? Ce serait un monde bien terne que de vivre uniquement avec nos « semblables », tel des « Petits Nicolas » fondus dans un modèle unique et grossièrement formatés.
Je continue de croire qu'il y a là une problématique plus grave et plus inquiétante, celle de l'échec du modèle social, celle de l'échec de nos institutions – à commencer par l'école – à véhiculer, à défendre ces valeurs et à les rendre crédibles.
Quand une population migrante rejoint une société, deux parties sont en jeu, deux parties doivent s'accepter et deux parties doivent respecter un certain nombre de règles. Les flux migratoires sont naturels et probablement inévitables. Dès lors pour nous, en tant que société d'accueil, il est important d'accepter l'immigration, tant au niveau des décideurs politiques qu'au niveau du peuple. Et je refuse de croire que nous ne pouvons cohabiter qu'avec des gens qui sont « comme nous ». Car jusqu'où peut-on aller dans cette notion de « similitude » ou « d'identité » pour employer un terme plus en vogue ?
Alors bien sur, l'effort ne peut pas venir uniquement de la société qui accueille mais doit venir tout autant de la population qui veut se faire accueillir et accepter. Définir des valeurs, des principes, des règles, que les migrants doivent accepter, et les français aussi d'ailleurs. Beaucoup diront que c'est une vision utopique, plus facile à dire qu'à faire, sans aucun doute. Mais il faut savoir vers où l'on veut tendre. Et avoir de l'ambition est surement plus noble que de vouloir « assainir » par des mesures qui n'ont d'efficacité que médiatique (et encore...).
Que faire de ces Roms qui vivent en Europe, qui sont européens qu'on le veuille ou non même s'ils sont différents, même s'ils ont un mode de vie difficilement compatible avec celui des autres européens. Ils sont là et ont le droit d'exister en tant que peuple. Il fut un temps où nous parlions du « droit des peuples à disposer d'eux-même ». Quel avenir pour ces Roms chassés où qu'ils soient ? On ne peut pas se contenter de les mettre dehors. C'est s'affranchir d'un principe que nous avons autrefois défendu, c'est se contenter d'un réalisme politique de circonstance mais sans efficacité. Les Roms reviendront en France, comme ils le disent et comme ils ont le droit de le faire. Et d'autres étrangers continueront à venir aussi.
Alors que faire ? Bien sur les réponses manquent, les états européens doivent se réunir pour discuter de cette question et trouver une solution juste qui demandera un courage politique, une vision globale et un vrai travail commun. Je ne crois pas que c'est le populisme, l'opportunisme ou le pragmatisme qui suffiront à régler la question. En tout cas pas de façon durable.
Nous ne pouvons pas accueillir « toute la misère du monde » mais peut-on décemment escompter fermer les yeux devant elle en espérant qu'elle disparaisse quand nous les rouvriront ? Si nous essayions plutôt de rendre la misère moins misérable ? Cela est plus dur et demande plus d'investissement, bien sur ... Ou alors, nous pouvons choisir de céder à la tentation de remplacer notre devise « liberté, égalité, fraternité » par une autre plus cynique « l'enfer, c'est les autres »?