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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 23:02

Nous assistons depuis quelques jours à une mascarade étonnante, l'expulsion en nombre de Roms par la France. Mesure qui étrangement surgit aujourd'hui dans les médias alors qu'elle se pratique depuis quelques années déjà....mais passons.

 

Les Roms partent, bénéficiant d'une aide au retour « volontaire » moyennant la somme de 300€ par adulte. Argent versé par l'état français à des personnes qui n'ont rien, ni en France, ni ailleurs, si ce n'est un passeport européen qui leur permettra de re-franchir la frontière dès qu'ils le souhaiteront...Étonnante mesure donc dont l'efficacité reste à démontrer. Bal de dupes en tout cas où la France est montrée du doigt.

 

Il ne faut pas pourtant que cela devienne une question franco-française. C'est un problème européen qui concerne notamment la Roumanie et la Bulgarie et par la force des choses, l'Union Européenne dans son ensemble. Il me semble d'ailleurs que c'est une question que les états européens auraient pu se poser préalablement à l'entrée de la Bulgarie et la Roumanie dans l'UE. Prochainement, ces deux états auront fini leur période transitoire et leurs ressortissants, Roms y compris- pourront circuler et résider librement dans tout autre état de l'UE. La France n'aura donc plus les moyens juridiques de reconduire ces personnes à la frontière.

 

Alors en effet, il est temps de se demander « Que fait-on maintenant ? ». Et je crois que c'est une véritable question qui dépasse les contingences politiques et qui implique une prise de position claire: que voulons-nous être ? Quels principes allons nous défendre: que nous ne « pouvons pas accueillir toute la misère du monde » ou que nous sommes le pays « des droits de l'homme » ?

 

Lier la question des Roms à celle de la délinquance (comme c'est souvent le cas...) est un amalgame douteux et il faut se garder je crois d'avancer sur ce terrain là. Car c'est bien ce qui légitime politiquement et au sein de la population ces reconduites à la frontière et les chiffres seront toujours là pour corroborer cette vision. Mais la question de la délinquance est une problématique sociale, et non pas raciale. Les gens qui vivent un défaut d'insertion, de quelque nature qu'il soit, sont menés à la délinquance ou à la criminalité ou ont en tout cas plus de risques de tomber dedans. Mettre dehors tous ceux qui commettent des délits ne résoudra pas ce problème. Quand bien même il n'y aurait plus d'étrangers en France, il y aurait toujours des inégalités, il y aura toujours des exclus, il y aura toujours des gens mauvais ou dénués de principes.

 

Encore une fois, il est nécessaire de définir le socle de valeurs sur lequel le peuple français s'est construit et se reconnaît aujourd'hui (est-ce le même ?) et particulièrement après des vagues successives d'immigration (souhaitées ou subies).

 

Vivre ensemble avec nos différences est un défi difficile à relever peut-être même impossible. Doit-on pour autant céder à la solution du rejet -et tôt ou tard de la xénophobie car c'est bien quand-même l'élément sous-jacent- qui conduit à expulser ceux qui par leurs comportements réellement déviants ou jugés comme tels ne correspondent pas à nos valeurs ? Ce serait un monde bien terne que de vivre uniquement avec nos « semblables », tel des « Petits Nicolas » fondus dans un modèle unique et grossièrement formatés.

 

Je continue de croire qu'il y a là une problématique plus grave et plus inquiétante, celle de l'échec du modèle social, celle de l'échec de nos institutions – à commencer par l'école – à véhiculer, à défendre ces valeurs et à les rendre crédibles.

 

Quand une population migrante rejoint une société, deux parties sont en jeu, deux parties doivent s'accepter et deux parties doivent respecter un certain nombre de règles. Les flux migratoires sont naturels et probablement inévitables. Dès lors pour nous, en tant que société d'accueil, il est important d'accepter l'immigration, tant au niveau des décideurs politiques qu'au niveau du peuple. Et je refuse de croire que nous ne pouvons cohabiter qu'avec des gens qui sont « comme nous ». Car jusqu'où peut-on aller dans cette notion de « similitude » ou « d'identité » pour employer un terme plus en vogue ?

 

Alors bien sur, l'effort ne peut pas venir uniquement de la société qui accueille mais doit venir tout autant de la population qui veut se faire accueillir et accepter. Définir des valeurs, des principes, des règles, que les migrants doivent accepter, et les français aussi d'ailleurs. Beaucoup diront que c'est une vision utopique, plus facile à dire qu'à faire, sans aucun doute. Mais il faut savoir vers où l'on veut tendre. Et avoir de l'ambition est surement plus noble que de vouloir « assainir » par des mesures qui n'ont d'efficacité que médiatique (et encore...).

 

Que faire de ces Roms qui vivent en Europe, qui sont européens qu'on le veuille ou non même s'ils sont différents, même s'ils ont un mode de vie difficilement compatible avec celui des autres européens. Ils sont là et ont le droit d'exister en tant que peuple. Il fut un temps où nous parlions du « droit des peuples à disposer d'eux-même ». Quel avenir pour ces Roms chassés où qu'ils soient ? On ne peut pas se contenter de les mettre dehors. C'est s'affranchir d'un principe que nous avons autrefois défendu, c'est se contenter d'un réalisme politique de circonstance mais sans efficacité. Les Roms reviendront en France, comme ils le disent et comme ils ont le droit de le faire. Et d'autres étrangers continueront à venir aussi.

 

Alors que faire ? Bien sur les réponses manquent, les états européens doivent se réunir pour discuter de cette question et trouver une solution juste qui demandera un courage politique, une vision globale et un vrai travail commun. Je ne crois pas que c'est le populisme, l'opportunisme ou le pragmatisme qui suffiront à régler la question. En tout cas pas de façon durable.

 

Nous ne pouvons pas accueillir « toute la misère du monde » mais peut-on décemment escompter fermer les yeux devant elle en espérant qu'elle disparaisse quand nous les rouvriront ? Si nous essayions plutôt de rendre la misère moins misérable ? Cela est plus dur et demande plus d'investissement, bien sur ... Ou alors, nous pouvons choisir de céder à la tentation de remplacer notre devise « liberté, égalité, fraternité » par une autre plus cynique « l'enfer, c'est les autres »?

Par Laura Z - Publié dans : L'actu
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Jeudi 6 mai 2010 4 06 /05 /Mai /2010 22:22

Quand j'étais enfant, avec mes yeux d'océan, je souriais à un monde qui n'existait qu'à travers mes yeux,

Sans carcan, sans limites et sans frontière, je bâtissais des rêves.

Mais comme des cubes de plastique, ils ont été jetés à terre


 

    J'ai grandi

 

Dans un monde de compromis

Contraint d'analyser mes rêves.

 

Je ne veux pas essayer de tout comprendre,

Cela gâche le plaisir,

Viens mon amour et prends-moi la main,

On va souffler des baisers dans le vent,

Et s'envoler vers nos rêves,

Fuir les carcans dans lesquels ils veulent nous mettre

 

Qu'attend-on de nous ?

Qui suis-je censé être ?

Avec ces cubes de plastiques je pourrais construire des milliers de « moi »

 

Alors on me dit qu'il faut se conformer

Mais pourquoi devrais-je appartenir à quelque chose ?

Qu'attend-on de nous ?

Qui suis-je censé être ?

Avec ces cubes de plastiques, on pourrait construire des milliers de « moi »

Par Laura Z
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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 23:09

  

  Vaste débat qui fait rage ces jours dans l'actualité, celui de l'intégrisme islamisme en France.


                    Le débat semble assez monolithique, alors qu'en fait il est double, voir triple. Il y a la question de la déchéance de la nationalité française et celle du port de la Burqa (plus celle de la fraude aux allocations familiales...) Il faut bien faire la part des choses, gardons-nous des amalgames trop faciles. Pour ma part, je ne reviendrai pas sur la déchéance de la nationalité car il semble que la personne que l'on désigne ne rentre en aucun cas dans les critères de retrait de la nationalité. La seule chose à souligner à mon avis, c'est comment un ministre peut-il tenir de tels propos, prétendre prendre une telle mesure alors que le droit ne l'y autorise nullement ? C'est bien dommage que nos hommes politiques tiennent ces discours là lorsqu'ils se veulent défenseurs de l'état français ou de ses valeurs. Bref, ce genre d'effet d'annonce ne nous surprend plus chez un membre du gouvernement Sarkozy.


 

                   Plus profond est à mon sens le débat sur le port de la Burqa. La question mérite une vraie réflexion car contrairement à ce que certains avancent, il me semble que c'est plus qu'une simple question vestimentaire ou un choix que « ces » femmes auraient fait. Il y a derrière tout cela une idéologie. Pas seulement l'Islam, qui n'a rien de préjudiciable en soi mais l'intégrisme religieux, et une certaine vision de la femme.


 

                    En préambule, il faudrait peut-être que le peuple français s'interroge sur les valeurs qui sont les siennes, celles sur lesquelles notre histoire s'est construite, celle que nos prédécesseurs ont défendues, non sans mal, et non sans quelques épisodes dramatiques, où on les a perdues de vue. Alors le débat sur l'identité nationale étant un flop comment redéfinir ces valeurs ? Elles ne sont pourtant pas si loin à mon avis. La lutte contre l'oppression et contre toute forme d'extrémisme et de fascisme est l'une des plus flagrantes. Les français ont guillotiné leur roi, ont mis en place une école laïque, gratuite et obligatoire (loi Ferry), ont lutté pendant les années noires contre le fascisme, les françaises ont lutté pour la libération des mœurs, pour l'égalité. Pas tous non bien sur, d'autres défendaient les thèses inverses, mais au final c'est bien celles là qui ont vaincu, et surtout, ce sont celles là que notre mémoire collective veut retenir. Parce que la France se veut défenderesse des droits de l'homme et de la liberté. De la diversité aussi. On peut donc ajouter ici une autre valeur celle de la tolérance. Elle est loin d'être acquise et se perd de plus en plus mais elle doit rester une valeur communément acceptée ne serait ce que pour préserver la paix sociale dans une société aussi diverse que la notre. Sans quoi le risque est grand de la perdre pour de bon.


 

                      Cela ne signifie pas qu'il faut être toujours consensuel, parfois laxiste et jamais pugnace. Il y a des choses que l'on ne peut accepter si l'on veut rester une nation partageant un certain nombre de ces valeurs.


 

                       L'une des valeurs les plus emblématiques de la France est la laïcité. Et je pense que peu de pays dans le monde ont cette acceptation de la laïcité. Mais là encore les avis divergent. N'est ce pas simplement le fait d'une part de garder le religieux dans la sphère privée, sans qu'il soit mêlé au politique ni étalé sur la voie publique, et d'autre part, accepter toutes les croyances à partir du moment où elles restent de l'ordre du privé, sans visée prosélyte ? Je retiens cette définition pour ma part et à partir de là, le port de la Burqa, ou de tout signe aussi ostentatoire que celui là est à proscrire. Ce n'est pas parce que nous redoutons la dictature, le fascisme ou le racisme que nous devons tout accepter. D'ailleurs, refuser une idéologie ou la version radicale d'une religion ne signifie pas nécessairement que nous rejetons cette religion ou ceux qui la pratiquent. Nous rejetons ceux qui, au nom de quelques principes occultes, tendent à dénier à la femme son intégrité et sa liberté de penser et d'agir, fondent dans le dogmatisme où des pratiques « de droit divin » sont intégrées et appliquées sans recul, sans réflexion, sans s'adapter ni à l'ère actuelle, ni à la société dans laquelle ils évoluent.


 

                        Nous voyons parfois des français dit « de souche » c'est à dire ceux qui ont été éduqués dans le système scolaire français, tomber dans ce type d'idéologie obscurantiste (et à mon avis en grande partie liberticide pour celles qui subissent le port de la Burqa) ou -dans un autre domaine- tomber dans un rejet général et viscéral du « système » faisant fi de toute règle et ne respectant plus ni les institutions ni les individus, comme on peut l'observer dans la « crise des banlieues » où certains vont jusqu'à dégrader leur cadre de vie, leurs bus, leurs écoles. Le point commun entre ces deux attitudes est la volonté de provoquer et de se mettre en porte à faux avec la société. Si la société peut produire ces comportements, c'est sans doute parce que nos institutions ont échoué à enseigner ces valeurs, ces aspirations à la tolérance et à la liberté, ce doute cartésien si cher à la période des Lumières...


 

                       Revenons sur le scepticisme, le « doute cartésien » qui est sans doute aussi l'une des valeurs ou en tout cas des caractéristiques de notre pays. Douter et questionner avant de croire, est une preuve d'intelligence et démontre une capacité de distanciation mais à force de douter de tout et tout le temps, parfois juste par esprit de contradiction, on finit par ne plus croire en rien. Et je ne pense pas que le nihilisme puisse être une valeur porteuse. Alors il y a parfois des valeurs autour desquelles il vaut la peine de se fédérer. Ce n'est ni un aveu de faiblesse ni un signe d'endoctrinement, il s'agit juste de savoir qui l'on est. Et la question ne se pose pas en terme dialectique, être « fasciste et intolérant » ou être « laxiste et pusillanime ». Ou alors c'est que la France est schizophrène puisqu'elle semble actuellement n'osciller qu'entre ces deux tendances. Les religieux fondamentalistes, quelle que soit leur religion, ont le droit d'avoir ces croyances, ont le droit de les pratiquer et notre devoir et notre conscience doit nous dire de les respecter. Seulement la France n'est pas le lieu pour ce type d'idéologie car elles heurtent nos valeurs et ce pour quoi une partie de nos prédécesseurs ce sont battus. On peut combattre des idées sans tomber dans le déni de l'autre ou le dénigrement, sans propos haineux ou raciste, sans se montrer injurieux.


 

                       D'ailleurs, la France manque de penseurs capables de produire des idées, des vraies idées (pas seulement des effets d'annonce ou des provocations polémiques) susceptibles d'être le fondement du vivre ensemble où chacun pourrait se reconnaître et avoir le sentiment d'exister, une sorte de ciment à l'image du contrat social de Rousseau, qui pourrait nous fédérer autour de valeurs communes mais non immuables, un cadre communément accepté au sein duquel différents courants pourraient évoluer et surtout où un débat dépassionné et dénué de tout propos injurieux pourrait avoir lieu. Car une loi interdisant la Burqa pourrait traiter les symptômes mais traiter les causes est un travail bien plus long et bien plus difficile qui impliquerait des réformes profondes du modèle social (et donc une réflexion autour de cela).


 

                      Si nous définissons nos valeurs, en tant que peuple ayant une histoire, une conscience nationale, une mémoire collective, ce n'est pas parce qu'elles sont les meilleures -au détriment de tout autre- c'est parce qu'elles sont les nôtres tout simplement, parce qu'elles nous définissent. Et nous devons nous battre pour les préserver et pour les enseigner. Ce serait cela la tolérance. Une utopie sans doute... mais si c'est un combat, nous devons le mener, avec des idées et des arguments, avant que cela ne devienne un vrai combat à couteaux tirés.

Par Laura Z - Publié dans : L'actu
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Jeudi 15 avril 2010 4 15 /04 /Avr /2010 22:37

 

Ce film est un véritable brainstorming mais ce qui est sur c'est que c'est le spectateur qui est le plus manipulé !


 

Résumé en bref: un Marshall se rend sur Shutter Island – une île coupée du monde où sont détenus et traités des malades psychiatriques très dangereux. Il arrive aux côtés d'un collaborateur qu'il ne connaît pas, pour enquêter sur la disparition mystérieuse d'une patiente.

 

Il s'agit juste d'une interprétation possible, celle que je retiendrai pour ma part. Je pense et je garde l'idée que la fin est volontairement ouverte pour laisser à chacun l'occasion d'avoir sa propre lecture du film. Interprétation qui à mon avis dépend de la sensibilité de chacun, de son état d'esprit, de ses convictions peut-être.

 

L'explication que l'on veut nous faire accepter est que Daniels le Marshall est en fait un malade psychiatrique, Laeddis (et donc schizophrène), interné à Shutter Island pour ses comportements schizophrènes violents et notamment le meurtre de sa femme, homme qui vit dans un monde à lui, déconnecté de la réalité.

 

La version de Daniels – le Marshall- est qu'il est victime d'un complot et qu'on la piégé dans cet asile psychiatrique en le faisant passer pour quelqu'un qui a perdu la raison et pour qu'il accepte lui-même l'idée qu'il a perdu la raison. Cela afin qu'il ne dévoile pas les pratiques douteuses qui ont lieu sur cette île (manipulations mentales, lobotomies). Il serait l'homme qui en sait trop; l'élément gênant qu'il faut faire disparaître.

 

Quelle que soit la version que l'on retient, il paraît clair que toute cette histoire a été soigneusement orchestrée et que l'enquête sur la disparition de Rachel Solando n'est qu'une mise en scène. Reste à savoir s'il s'agit d'un « jeu de rôle » établi à des fins thérapeutiques pour le patient Laeddis ou s'il s'agit de mener Daniels, un enquêteur devenu gênant à se taire pour toujours.

 

Pour ma part je choisis la version du complot et de la bonne santé mentale du Marshall. C'est un parti pris et discutable, mais voilà l'analyse que je propose.

 

D'abord on peut dire que la vision de Daniels répond à une logique tout à fait acceptable et tout se tient dans son scénario. Le phare est bien le théâtre d'opérations douteuses et on voit bien dans la dernière image du film que c'est le sort qui l'attend.

 

Tout a cependant été mis en œuvre pour que lui-même accepte l'idée de sa propre folie. Dès le début, des mécanismes sont déployés pour conditionner son cerveau à accepter l'inacceptable, c'est à dire l'idée qu'il peut ne pas avoir du tout conscience de sa propre folie, avec l'objectif longuement préparé par le personnel de l'asile/prison qu'il n'en sorte jamais et ne révèle rien de ses découvertes.

Tout au long de l'enquête et de ses dialogues -assez succincts d'ailleurs- avec le directeur de Shutter Island, on tente de lui faire intégrer par le biais de l'enquête sur Rachel Solando les mécanismes de la folie. Cette patiente aurait tué ses enfants alors qu'elle prétend ne pas en avoir, elle croit vivre dans son voisinage sans à aucun moment pouvoir accepter l'idée qu'elle est internée. En somme, elle n'a absolument pas conscience de sa déraison et rien ne peut lui faire accepter cet état de fait. C'est exactement à ces mêmes logiques que sera confronter Daniels par la suite. C'est à mon avis, une façon de préparer son lavage de cerveau, de transposer l'état mentale défaillant de Rachel sur lui-même afin qu'il doute de sa santé mentale, afin qu'il en vienne à accepter l'idée que la réalité qui s'impose à lui n'est pas celle qui s'impose à nous (c'est à dire nous les sains d'esprits !).

 

Cette théorie du complot est corroborée par les dire de la « vraie » Rachel, celle qui est cachée dans la grotte. Et en effet, des « anecdotes » troublantes peuvent argumenter cette version: la prise de cachet d'aspirine (qui serait en fait des psychotropes), les cigarettes qu'on lui donne (hallucinogènes), ses vêtements trempés qu'on lui échange contre une tenue « locale », celles des résidents de Shutter Island etc...

 

Alors bien sur, tout est ambiguë et peut-être vu sous l'aspect de la folie ou sous l'aspect du complot.

 Cependant, pour le sain d'esprit, n'est il pas plus simple de faire passer l'autre pour un fou plutôt que d'accepter la responsabilité de ses propres crimes ?

 

La référence au nazisme est à mon avis primordiale. Outre contribuer à la tension qui règne tout au long du film et à l'atmosphère dérangeante dans laquelle on nous plonge, elle peut alimenter la thèse de la manipulation dont est victime le Marshall. La nazisme est une réalité historique, réalité que le spectateur connaît et dont la véracité n'est (en principe) pas discutable. Cette référence sert à nous montrer ceci, « regardez de quoi l'homme est capable ». Et cela, Daniels/Laeddis en a été le témoin direct. Si l'homme a été capable de tels crimes contre l'humanité, il est aussi capable de pratiquer des lobotomies à des fins expérimentales. Et Daniels/Laeddis a vécu le nazisme et a été témoin des crimes commis. Tout comme pour sa femme qui est morte alors qu'il n'était pas là, il ressent la culpabilité de celui qui n'a rien pu faire pour empêcher le pire. Sa culpabilité est donc légitime et les enfants qu'il voit dans ses hallucinations, et dont on essaie de lui faire accepter qu'ils sont les siens, sont en fait l'amalgame qu'il fait -à l'aide des psychotropes qu'on lui injecte à son insu- entre les enfants de Rachel dont on lui a compté l'histoire et les cadavres qu'il a vu dans les camps.

 

Ce film est aussi une réflexion sur la réalité. Qu'est ce que la réalité sinon la façon dont nous percevons ce qui nous entoure ? Alors si le malade mentale voit cela, cela est vrai pour lui. Tout est relatif...n'est-il pas ? Alors bien sur, le malade vit dans une réalité qu'il est le seul à percevoir et qu'il ne partage avec aucun autre. Mais cette île n'est-elle pas de toute façon totalement coupée du monde et ce qui s'y passe caché et tu ?

 

Pour conclure, ce qui m'incite à avaliser la thèse de la manipulation mentale est la scène finale. Le Marshall est assis au côté de son faux coéquipier. Celui-ci prend la température et s'aperçoit que le Marshall n'a toujours pas intégré la version de sa folie meurtrière. « Il faux quitter cette île, je ne sens rien de bon ici » dit-il à son co-équipier. Et le Marshall d'ajouter « Vaut-il mieux mourir en héros ou vivre en monstre ? ». Sur ces paroles il se lève et se dirige vers le phare. On peut interpréter cette scène ainsi :

 

Le Marshall n'a pas avalé la thèse qu'on voulait lui inculquer. Il est réfractaire à la manipulation mentale. Il veut donc bien sur quitter l'île. Or la seule issue possible, il l'a compris, est la mort, car il est impossible de fuir cette île aussi bien parce qu'on l'en empêchera par tous les moyens que d'un point de vu technique. Alors il choisit la lobotomie – la mort cérébrale- car il sait qu'ici il vivra en monstre car c'est comme ça qu'on le voit et qu'on le traite ici, et plus généralement parce que l'humanité lui a suffisamment montré sa monstruosité. Alors l'être humain est un monstre, je suis un être humain donc je suis un monstre. Il préfère donc ne plus avoir conscience de cette monstruosité. On remarque qu'il se dirige de son propre gré vers le phare (où devrait avoir lieu son opération), en tête de cortège et l'équipe de Shutter Island le suit. Et cette démarche, après tout ce que nous avons vu, semble parfaitement censée ...

 

Par Laura Z
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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /Nov /2009 21:02
 

Les causes perdues c'est le récit d'une mission humanitaire qui s'implante en Éthiopie alors que la famine sévit et que le gouvernement est déstabilisé par la rébellion indépendantiste érythréenne.

 

L'histoire est racontée par Hilarion Grigorian, un vieil arménien d'Éthiopie qui y vit depuis le début du siècle et qui y a mené une carrière de « marchand » d'armes. Hilarion est un cérébral, un pragmatique et un fin connaisseur de la société éthiopienne. Il a des liens fonctionnels avec des nationaux, un jeune garçon orphelin, Efrem ou encore son « bras droit » Kidane, des policiers, des militaires, comme le général Henoch. Ainsi, son point de vue est atypique puisqu'il fait partie de ce pays qu'il aime, tout en ayant l'extranéité de l'étranger qu'il reste de par ses origines arméniennes. Il voit l'arrivée d'une mission humanitaire française avant tout comme une diversion qui pourra peupler son ennui et sa solitude. Lui-même dit ignorer la famine qui cause déjà des dégâts dans le pays. Il sait d'emblée que la mission sera éphémère car il connaît, contrairement aux humanitaires, le pays et son fonctionnement. C'est pourquoi selon lui, cette mission, comme les autres, s'avèrent être un combat vain, une cause perdue.

 

Les logiques qui motivent les humanitaires lui semblent assez légères: motivations personnelles, recherche de l'exotisme, idéal de justice ou accomplissement d'un devoir personnel, ou encore fuite en avant, répondent à des logiques personnelles, des besoins, qui semblent peu enclins à déstabiliser un régime machiavélique ou à résoudre la crise qui secoue le pays. Pour ce régime, comme certainement pour tout régime politique, la fin justifie les moyens. Comme l'explique le général Henoch, il faut corriger l'excès de population et la guerre qui causent la famine par le déplacement de population. Et ce en utilisant les humanitaires comme appâts. C'est précisément ce qui fait que pour Hilarion, cette mission est une cause perdue car l'idéal humanitaire semble dérisoire, à échelle d'un pays, par rapport aux contingences politiques.

 

La question sous-jacente est de savoir si dispenser une aide humanitaire ne revient finalement pas à cautionner les régimes en place qui malmènent ou au mieux négligent leur population. Bien sur, ne rien faire revient à fermer les yeux sur les exactions commises. L'ingérence trouve donc ses limites, car si les missions humanitaires peuvent tempérer les dégâts de certains désastres, elles ne peuvent jamais agir en tout indépendance et ne peuvent imposer leurs idéaux en faisant fi des problématiques nationales. Toutes les causes ne sont pas perdues pour tout le monde. Le gouvernement sait manipuler les missions, limiter l'ingérence -car il reste souverain- et parvenir à ses fins. Soit les humanitaires acceptent les conditions du gouvernement, soit elles sont sommées de quitter le territoire. Et ainsi, le résultat est le même, dit un humanitaire suisse nommé Gütli avec cynisme.

 

Les humanitaires finissent donc par quitter le pays cédant à la pression du gouvernement et laissant les éthiopiens à leur sort. Ils devront lutter seuls, selon leurs idéaux et en suivant les logiques auxquelles répond leur culture. Car les humanitaires en effet n'ont pas la vision transcendantale qui permettrait d'agir efficacement. Peut-être même que cette vision est utopique. Car ceux qui détiennent réellement le pouvoir savent que, comme le disaient les fascistes qui ont jadis occupé le pays, « Ca cuesta lon ca cuesta » (Cela coûtera ce que cela coûtera).

 

Ainsi, deux logiques s'affrontent, celle des humanitaires pour qui « rien ne vaut une vie » -et les vies qu'ils sauvent peuvent permettre de fermer les yeux sur les motivations qui les animent. L'un d'eux se rapproche de la rébellion « par conviction », l'autre noue une relation intime avec une autochtone, qui vaudra à la jeune femme d'être emprisonnée, l'autre encore s'éprend d'un responsable gouvernemental réputé tortionnaire.

A cette logique s'oppose celle du gouvernement et des militaires pour qui « |l']idéal justifie tout, y compris la mort. » (p 104). D'ailleurs le général Henoch l'explique sans complexe, « Notre seule responsabilité, ce sont les grandes choses. Il n'y a qu'elles que nous puissions concevoir et exécuter. Les détails, eux, nous échappent, il faut s'y résoudre ».


Si les « détails » sont des vies, on les qualifiera de « sacrifices ». Et l'idéal de justice est une vue de l'esprit. Pour un gouvernement qui veut se maintenir en place, et limiter les facteurs de détresse tels que la famine, qui poussent à la rébellion, tous les moyens peuvent être sollicités, dussent-ils causer des victimes. Les humanitaires eux trouverons d'autres causes à défendre, ailleurs.

 

Ainsi, pour paraphraser Grégoire, le chef de la mission, faire le choix d'un combat, qu'il soit politique, humanitaire, amoureux ou personnel, c'est en accepter les sacrifices. Et cette là logique semble valable pour tous.

Par Laura Z - Publié dans : Littérature
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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 21:42

Seul dans le Noir – (Man in the Dark)

PAUL AUSTER

 

 

 

Seul dans le noir est le dernier roman de Paul Auster, paru en 2008. On y retrouve Paul Auster dans un registre sensiblement différent de ses œuvres précédentes. Ce roman est beaucoup moins complexe et sophistiqué dans son intrigue même s'il est tout aussi passionnant que ses plus grandes œuvres. Il y a cependant comme souvent une mise en abîme dans la logique du récit, une histoire dans l'histoire, celle qu'Auguste Brill imagine pendant ses insomnies. Il s'agit d'un monde de fiction, après le 11 septembre. C'est notre monde, sauf que les attentats du onze septembre n'ont pas eu lieu. New-York a fait sécession et l'Amérique est entrée dans une terrible guerre avec elle-même, sanguine et dévastatrice. C'est l'histoire qu'invente Brill, une terrible réalité, reflet de ses angoisses et de ses réflexions, pour échapper à sa propre réalité, peut-être plus sombre encore. Dans les deux cas les protagonistes sont coincés, incapables de trouver une issue à leur détresse, terrassés et désarçonnés par une réalité si étrange et si cruel. Brill s'évade par la réflexion ...

 

Ce livre est ponctué de phrases très fortes qui synthétisent l'esprit du roman. Elles n'apparaissent pas de façon contiguë mais mises bout à bout, elles prennent un sens particulier.

 

« Ce monde étrange continue de tourner ».

 

« La vie est décevante ».

 

« Je veux que tu sois heureuse ».

 

Les trois phrases clef de ce livre sonnent comme un syllogisme, qui résonne sans cesse, comme un encouragement que l'on dirait à ceux qui nous sont chers; comme un sermon que l'on se ferait à soi-même. Un aveu d'impuissance et pourtant, la volonté de faire preuve d'une force incroyable et inespérée, être heureux malgré tout...

 

Paul Auster donc, dans un registre plus paternaliste, plus sage que jamais. C'est un vieil homme qui parle, fort d'une expérience dense et réfléchie, à l'image de son personnage, Auguste Brill, qui à lui-même et à sa petite-fille Katya, expose sa philosophie de la vie, ses souvenirs, chers et précieux, relate ces expériences qui construisent un homme et qui quoi qu'il arrive, font qu'il a vécu. Il prend du recul sur sa vie, sur la vie et sur les événements. Il sait qu'une tragédie à un instant T a des conséquences qui peuvent déclencher un tourbillon, à l'échelle d'une nation -comme un attentat, tout comme à l'échelle d'une vie -la mort d'un proche. Ensemble ils essaient de vivre avec les horreurs qui les hantent: l'assassinat barbare en Irak de Titus le petit-ami de Katya, la mort de la femme d'Auguste emportée par un cancer; ils essaient de continuer à vivre après cela. Ce sont ces événements qui sonnent la fin d'une époque et l'ouverture d'une nouvelle ère où il faut réapprendre à vivre, avec ceux qui restent, et avec les souvenirs...Car si la vie est décevante, cela n'empêche pas le monde de tourner. Et Auster de nous rappeler que c'est un peu chacun de nous qui fait tourner ce monde.

 

La thématique du temps est par ailleurs très présente dans ce livre, ce qui corrobore à mon avis, l'idée d'un livre « Mémoire » plus qu'un roman même si cela reste une fiction, c'est avant tout le constat amer d'un homme qui dans sa vie personnelle comme dans l'époque qu'il a traversé, n'a pas été épargné. Le temps c'est tout d'abord le temps qui défile irrémédiablement, et fait qu'un jour il ne reste plus qu'à regarder sa vie dans le rétroviseur. Le temps a passé pour Auguste Brill, trop vite, alors que dans ses longues insomnies, le temps semble s'être arrêté sur ses douleurs, impossibles à soulager. Le temps est présent jusque dans les scènes cinématographiques que regardent ensemble Auguste et Katya sa petite-fille, comme dans la scène de Tokyo Story où la belle-fille reçoit en cadeau de son beau-père une montre, synonyme du temps qui passe et fait son travail constructif et destructeur à la fois, tantôt constructif, tantôt destructeur, ponctué d'instants de bonheur, éphémères, fulgurants, et l'oubli éternel, les brûlures indélébiles, la rédemption et la rémission, lentes et incertaines.

 

Seul dans le noir est l'occasion d'une promenade dans une vie, dans des histoires, où le temps est chronométré. Mais nul ne sait de combien de temps son compte est crédité. Et tout peut basculer en un battement de cil. C'est pourquoi chaque vie est une quête de bonheur, souvent inaccessible, toujours inachevée.

 

Seul dans le noir, c'est aussi un épisode nostalgique du passé, l'occasion de se remémorer un amour profond, une période révolue que l'on a aimé mais dont on aime peut-être plus encore, avec douceur et déférence, le souvenir, une fois qu'on a conscience qu'il est insaisissable.

 

Seul dans le Noir c'est enfin l'acceptation de la causalité des événements telle que la définit Spinoza, le processus de cause à effets dans la logique de l'Histoire. Un destin dont nous sommes à la fois le maître et l'objet. Et à défaut d'être maîtres des événements, nous pouvons être maîtres de la façon dont nous les vivons.

 

Oui « la vie est décevante », il faut vivre pourtant. Quoi qu'il arrive nous faisons partis de nos vie, de ce monde absurde qui continue d'exister malgré ses aberrations, et qui se pérennise dans cette absurdité, souvent, trop souvent, empreinte d'une violence insoutenable, injustifiable, impensable même. Et pourtant...il tourne.

 

Par Laura Z
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Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /Mai /2009 21:19
Par Laura Z
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Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /Mars /2009 21:43

Twilight ne désaltère pas !

 

Au commencement, il y a le mythe. Celui du vampire glacial, assoiffé de sang, fuyant le soleil, vampire éternel, immortel, fascinant et terrifiant, reclus dans un monde morbide et sans vie. Dans Twilight, nous sommes dans un monde froid, démuni et minimaliste. Un village des États-Unis d’aujourd’hui, Forks, peu attractif pour Bella, une jeune lycéenne venue de l’Arizona. Puis surgit Edward Cullen, vampire des temps modernes, assez bien intégré dans ce monde tout à fait réaliste et qui « vampirise » la vie de Bella autant que son esprit. Reste que l’on est un peu perdu dans cet univers ni totalement réaliste, ni vraiment fantastique.

L’histoire d’amour exacerbé, inévitablement platonique entre Edward et Bella ne nous transporte pas. Et il faut avouer qu’autour de l’histoire d’amour idyllique et sans faille, il n’y a pas grand-chose. Stephenie Meyer n’a pas réussi à mon sens à créer un monde qui nous happe. Il y a bien ces vampires sanguinaires qui surgissent -soudainement d’ailleurs, par contraste avec les Cullen, famille modèle –s’il en est- de vampires repentis et bizarrement humanistes. La tension dans l’adaptation cinématographique est un peu mieux gérée, et mise en valeur puisque pour Bella, le doute y persiste autour d’Edward, vampire aussi terrifiant qu’il est un jeune homme irrésistible. Dans son roman, Stephenie Meyer se focalise sur une passion basée sur un antagonisme intéressant mais à mon avis mal exploité. Edward est épris de Bella car il désire son sang. Il est alléché par son parfum, et tout entier possédé par ce qu’elle dégage. Mais il l’aime tant que finalement, il s’interdit de goûter à ce qui pourrait être pour lui un précieux breuvage. Et la tension qui devrait en résulter, les doutes qui devraient le ronger, l’envie d’une morsure qui devrait lui brûler les lèvres s’évanouissent très vite.

Ainsi, Edward aime Bella et Bella aime Edward. Et ils vivent leur histoire ignorant les rumeurs et les avertissements que leur idylle fait naître. Alors l’histoire devient incroyablement lisse même si l’amour est sublimé à l’extrême. Les contraintes et les contradictions de cette histoire impensable sont survolées. L’auteur ne parvient pas à nous traîner dans une réflexion plus profonde, fut-elle peu originale. Il pourrait y avoir davantage de considérations et une analyse plus subtile et moins tranchée sur le désir qui consume, sur le tiraillement entre la passion et la raison inconciliables et pourtant indissociables, sur le sens d’une vie éphémère et celui d’une vie éternelle par exemple.

Bella est fascinée par le « pire », séduite par le morbide, qui l’attire autant qu’il l’effraie. Edward lui est consumé par le désir de boire le sang de cette femme. Mais il a déjà choisi de ne pas accomplir un acte qui assouvirait définitivement son désir en même temps qu’il anéantirait l’objet même de son désir. Pourtant, la douleur et le désarroi qu’ils peuvent ressentir sont très peu dépeints. Bella est trop ingénue ou trop lisse pour être en proie aux doutes ou soulever les réelles questions qui pourraient découler de sa « vampirisation ».  Elle veut être « transformée » pour être comme Edward. Elle est prête à donner son âme pour devenir comme celui qu’elle aime. Elle est dénuée de raison et elle n’a aucune raison d’être raisonnable tant la vacuité de son univers est flagrante. Edward quant à lui est si parfait qu’il rationnalise impeccablement sa passion. Ainsi disparaissent en un souffle les affres d’une passion qui par essence devrait être destructrice et laisser ces deux êtres…exsangues. Ces deux amants ne sont pas tourmentés. Ce sont seulement deux amants. Ils ne sont de Roméo et Juliette que de pâles ersatz.

Les rebondissements frisent le ridicule tant ils sont mal annoncés, ils arrivent tardivement. L’attaque et la traque du mauvais vampire assoiffé du sang de Bella surviennent de nulle part et se terminent aussi vite et de façon aussi insipide qu’elles sont intervenues. Il reste difficile de dire si Twilight (Fascination) est un roman à l’eau de rose ou un roman à suspens, une bluette d’adolescente ou une fable fantastique. Je crois que l’on penche plutôt vers les premiers même si les seconds eurent été bien plus exaltants. Il y avait matière à créer une saga palpitante et philosophico-fantastique. Le mythe du vampire est par essence séduisant et une adaptation moderne est toujours possible. Dommage, Twilight ne désaltère pas et nous laisse sur un sentiment d’insatisfaction et d’inachevé. Qu’importe, c’est un best seller. Beaucoup ont semble t-il été repus.

 

On imagine aisément que Bella finira par devenir un vampire. C’est la seule interrogation qui subsiste. Reste à savoir dans quelles circonstances et par qui ? Mais pour ma part, je ne crois pas que je lirai les autres tomes, je me contenterai de boire un jus d’oranges sanguines, qui pourrait me faire vibrer plus encore !

Par Laura Z - Publié dans : Littérature
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Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /Mars /2009 21:42

          Il y en a parmi nous qui affichent un bonheur sans faille et d’autres qui ne cachent pas leur détresse et leur défaitisme. Nos relations sont faites d’être – un peu –, et de paraître – beaucoup-, de démonstration –surtout. Nous comptons nos acquis et évaluons nos espoirs, nous pesons nos amitiés et distillons nos dons. Nous calculons nos chances de réussir, d’aboutir des projets que nous croyons valeureux. Nous cherchons à savoir ce que nous laisserons à nos enfants en mesurant nos avoirs. Certains d’entre nous n’ont rien car dans notre monde, la valeur se mesure en termes de position sociale, à l’état d’un compte bancaire, à une position professionnelle, et souvent les trois sont liés. Alors quand nous n’avons rien, nous cherchons à y pallier en donnant à nos enfants l’avoir et le paraître, consommer, posséder, démontrer. Et en chemin, nous oublions que ce qui fait une personne n’est pas ce qu’il détient mais ce qu’il est capable de devenir. Et quel que soit l’état de nos possessions, nous recherchons tous à répondre à l’angoissante question : sommes-nous heureux ?

Car c’est bien l’état de notre moral qui justifie notre façon d’être et semble t-il nous donne une légitimité à exister. Comme si être heureux était une fin en soit, une condition sine qua non à notre besoin d’exister. Il ne suffit pas d’être, il faut être heureux. La valeur de l’homme pourrait ainsi se mesurer à son degré d’accession au bonheur. Et être heureux, c’est avoir beaucoup, c’est afficher beaucoup. Ce n’est pas juste un état d’esprit, c’est la démonstration par l’absurde que nous sommes ce que nous avons, ce que nous sommes capables d’exposer.

Alors à la question, sommes-nous heureux,  certains répondent oui avec sincérité. D’autres prétendent que oui mais qui sait quelle frustration les habite, quel drame les empêche de dormir ? D’autres encore, répondent, non sans honte, qu’ils ne sont pas heureux et avouent, vaincus, qu’ils en sont incapables. Certains, contraints, et démunis remplissent la vacuité qui les habite par des antidépresseurs pour oublier une vie qui ne les épargne pas ou plus souvent, une vie qu’ils sont incapables d’apprécier. Certains sombrent et partent à la dérive.

La plupart je crois, s’accrochent à quelques branches incertaines mais bien réelles, l’avoir justement, une nouvelle voiture, ou bien un voyage –dont ils garderont des photos et des souvenirs matériels plus que des instants de partage et de découverte, une réunion où ils ont brillés ou une prime de fin d’année, et tentent ainsi de se convaincre que c’est cela le bonheur et qu’au fond, cela n’a pas besoin d’être autre chose. Mais en fait, bien des questions restent en suspens. Il y a bien des rêves jamais réalisés, bien des déceptions jamais oubliées, bien des souffrances jamais avalées et des frustrations permanentes et prégnantes. Car nous sommes d’éternels insatisfaits. Dans une société d’assurance et de rentabilité, nous voulons toujours plus et toujours mieux, le meilleur résultat possible avec le moins de risque possible. Car posséder bien sur est plus facile que ressentir. Le matériel est plus palpable et plus tangible que toute qualité humaine, que tout ressenti, que tout savoir, que tout ce que nous pouvons transmettre d’un point de vue humain et non pas matériel.

D’où notre insatisfaction, d’où notre frustration et d’où notre sentiment de ne pas atteindre…le bonheur.  Parce que l’on trouve toujours mieux ailleurs et toujours plus en face, et on oublie souvent qu’il y a moins bien ou bien l’on ferme les yeux en se disant que c’est vers le mieux qu’il faut tendre.

Le bonheur doit être un cheminement, pas un état ; une propension, pas un résultat. Un état d’esprit bien plus qu’un état de fait. Et en tout état de cause, le bonheur est un mot énorme avec des résonnances énormes mais ce n’est à mon sens qu’un tout petit sentiment, même s’il est immense quand on sait le ressentir. C’est celui de la légèreté ou de la sérénité, celles que l’on peut ressentir par une journée ensoleillée ou en écoutant une musique apaisante. Cela semble un lieu commun bien pensant, mais le bonheur est éphémère, croire qu’il peut être un nirvana infini ou un éden euphorique et sans limite, est un leurre. Cela n’existe pas, rien ne sert d’y travailler. Ces moments fugaces de volupté et d’enthousiasme sont les plus précieux car on les néglige trop souvent et ils deviennent rares quand on ne sait plus les entrevoir.

 

Alors si j’y parviens –et j’y travaillerai- je ne chercherai à transmettre qu’une seule chose à mon enfant, l’aptitude au bonheur. Non pas le fatalisme ni la vocation de se satisfaire toujours de ce que l’on a mais la capacité à savoir observer les éléments joyeux et à les isoler pour s’en délecter. La capacité de se battre contre ce qui doit et ce qui peut être surmonté, surtout, l’idée qu’il faut voir au-delà des apparences, que ce qui a de la valeur n’est pas toujours ce qui brille, que ce qui brille ne se voit pas toujours à l’œil nu. Lui apprendre que le monde a des nuances, comme les êtres humains, qu’il y a bien l’être et l’avoir et qu’il peut y avoir un peu des deux en chacun, que ce qu’un homme peut transmettre humainement et qui nécessite qu’on sache le recevoir vaut bien plus que ce qui peut-être transmis matériellement et qui ne nécessite que de savoir accaparer. Car rien n’est immuable, si ce n’est le regard pessimiste que l’on peut porter sur nous-mêmes. Alors si tu possèdes l’aptitude au bonheur, alors seulement, tu seras un homme mon fils !

Par Laura Z
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Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /Fév /2009 12:53

La vie est un drôle d’endroit !

 

Imaginez un grand chapiteau quelque part dans une Inde hétéroclite, insolite et foisonnante. Dedans, des personnages atypiques et caractéristiques. Pas forcément représentatifs de l’Inde mais plutôt d’une nature humaine, dans une culture et un environnement donnés. Ils jouent leur rôle, et comme dans tout cirque indien, il y a des nains, comme Vinod, chauffeur et objet d’étude du docteur ; il y a des clowns : John D. et Martin les jumeaux qui s’ignorent ; et des acrobates : Rahul, le transsexuel-serial-killer ; des dresseurs de tigres : Vijay Patel, le commissaire astucieux qui a su apprivoiser l’iconoclaste Nancy ; et des jongleurs : l’orthopédiste Daruwalla , père de famille, généticien à ses heures, missionnaire à d’autres et cinéaste pour exorciser le mystère de la création. L’histoire est avant tout la sienne, un médecin indien qui partage sa vie entre Bombay et Toronto. Il est victime du syndrome du migrant, qui fait qu’il ne se sent plus indien mais pas tout à fait canadien non plus. Il se plaît à se répéter une phrase que son père lui a soufflé « un émigré reste un émigré toute sa vie », sans patrie et sans attache, plus ailleurs mais pas vraiment là non plus.

De retour à Bombay, Farrokh navigue à travers des souvenirs, à travers l’Inde, voyages dans le temps et dans l’espace. Comme souvent dans les romans de John Irving, les scènes, surtout au commencement, sont décousues, défient la chronologie, et parfois la raison. C’est une mosaïque qui se met en place progressivement et prend finalement son sens. Après maintes circonvolutions, nous découvrons les personnages et les liens qui les unissent, en cheminant au gré d’une histoire invraisemblable mais toujours plausible.

Ce n’est pas un roman policier, pourtant l’intrigue est policière, Rahul-Promila est le serial killer transsexuel(le), John D- Dhar est le vrai-faux inspecteur, et Vijay Patel l’inspecteur véritable qui va compromettre le tueur.

Le personnage central est Farrokh, médecin investi et humaniste, passionné de science et surtout de génétique. La médecine est un thème récurrent chez Irving, qui ponctue souvent d’exaltants romans. En trame de fond elle nous rappelle les mystères de la création, l’impuissance de l’être humain, la complexité qui l’intrigue et le déterminisme cruel des gènes. On peut les comprendre et les étudier, savoir pourquoi les nains sont nains, mais l’action de l’homme s’arrête là. C’est peut-être pour pallier son impuissance face à ce constat que Farrokh Daruwalla ressent un jour le besoin d’écrire, quasi viscéral, pour créer et parfois aussi réinventer une histoire, pour sublimer une réalité bien trop cruelle et surement bien trop médiocre. Daruwalla le docteur, devient alors le scénariste anonyme de la série des Inspecteur Dhar, série qu’il a crée sur mesure pour John D. son fils, dont il n’est que le père adoptif. C’est probablement le moyen de revendiquer une paternité qu’il a usurpée et qui lui est déniée.

Mais l’histoire du docteur Daruwalla n’est ni aussi simple, ni aussi banale. Son fils adoptif, John D. est en fait le fils d’une actrice indienne qui s’est éprise d’un acteur américain, un caprice de star ou une lubie de femme, qui n’ont pas l’air de l’affecter ni de la troubler. De leur furtive union sont nés deux bébés. L’actrice frivole a choisi l’un deux pour l’emmener aux Etats-Unis, et  lui a offert pour père un réalisateur déliquescent. Cet enfant c’est Martin, élevé dans un milieu atypique pour un enfant, celui du show-business, par une mère maniaco-dépressive et nymphomane et un père égaré et insignifiant. Ce joyeux cocktail a mené Martin Mills aux portes d’un monastère où il a fait vœux de pauvreté et d’intégrer l’Eglise. Bien entendu, son parcours scolastique le ramène en Inde où l’accueille  Farrokh, une vieille connaissance de sa mère. John D a du avoir plus de chance. Acteur très populaire et à la fois détesté par le grand public, il partage son temps entre l’Inde et l’Autriche où il vit de ces talents d’acteur. Acteur il l’est presqu’autant à l’écran qu’à la ville. Il est aussi celui qui a séduit malgré lui Rahul-Promila, quand elle était homme et après qu’il soit devenu femme. Rahul était un jeune garçon fasciné par les hommes et par les éléphants. Abusé par sa tante, peut-être pas tant sexuellement qu’affectivement, Rahul a nourri envers les femmes une fascination et une haine perverses. Il se trouve dans une relation d’attraction-répulsion qui le pousse à en devenir une et à éliminer une par une celles qui se trouvent sur son chemin. Sa signature est un dessin naïf d’éléphant sur le ventre de ses victimes, dont le nombril représente un œil qui cligne. Lui aussi s’arroge un pouvoir divin en contrecarrant les effets de la création, mais comme dans la dialectique divine Brahma – la création / Shiva – la destruction, Rahul/Promila et Farrokh constitue les deux versants d’une même réalité : l’impuissance de l’être humain à accepter sa condition de mortel. L’un réagit par la tentation créatrice, l’autre par un penchant destructeur.

 

Farrokh Daruwalla nourrit également une fascination pour le cirque. Dans l’Inde troublée de notre époque, le chapiteau constitue une alternative à la rue. Avec l’aide et l’inspiration missionnaire (messianique peut-être ?) de Martin, le jumeau de son fils adoptif, Farrokh tente le sauvetage de la dernière chance pour Ganesh, un enfant de la rue rendu infirme après avoir été piétiné par un éléphant, et Madhu, une fillette prostituée condamnée par le virus du sida. Ils réussiront à les faire admettre au cirque, mais l’Inde a déjà scellé leur destin. Devenir des enfants de la balle ne restera pour eux qu’un rêve, une illusion furtive. Les tentations bienfaitrices de Martin et Farrokh ni leur humanisme compulsif ne suffiront à les extraire de leur terrible destinée.

Des êtres se rencontrent, d’autres se perdent, chacun doit faire le deuil de ses espérances, de ses heures de gloire, de ses projets, des blessures du passé. Pourtant Irving ne perd jamais sa verve humoristique et son talent immense pour la dérision.

Tout cela n’est qu’une représentation et vous l’aurez compris, le plus grand cirque n’est pas nécessairement celui qui se joue sous le chapiteau !

Par Laura Z - Publié dans : Littérature
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